Romantisme français tardif

Romantisme français se réfère à l’ère romantique dans la littérature et l’art français de la seconde moitié du 18ème siècle à la première moitié du 19ème siècle. La littérature française de la première moitié du siècle a été dominée par le romantisme, qui est associé à des auteurs tels que Victor Hugo, Alexandre Dumas, François-René de Chateaubriand, Alphonse de Lamartine, Gérard de Nerval, Charles Nodier, Alfred de Musset, Théophile Gautier et Alfred de Vigny. Leur influence a été ressentie dans le théâtre, la poésie, la fiction en prose. L’effet du mouvement romantique continuerait à se faire sentir dans la seconde moitié du siècle dans divers développements littéraires, tels que le «réalisme», le «symbolisme» et le soi-disant mouvement «décadent» fin de siècle.

Le romantisme français a utilisé des formes telles que le roman historique, la romance, le roman noir ou roman gothique; des sujets comme les mythes traditionnels (y compris le mythe du héros romantique), le nationalisme, le monde naturel (c’est-à-dire les élégies par les lacs) et l’homme ordinaire; et les styles du lyrisme, du sentimentalisme, de l’exotisme et de l’orientalisme. Les influences étrangères y ont joué un grand rôle, en particulier celles de Shakespeare, de Sir Walter Scott, de Byron, de Goethe et de Friedrich Schiller. Le romantisme français avait des idéaux diamétralement opposés au classicisme français et aux unités classiques, mais il pouvait aussi exprimer une perte profonde pour certains aspects du monde pré-révolutionnaire dans une société désormais dominée par l’argent et la gloire, plutôt que par l’honneur.

En 1830, d’autres bouleversements politiques et sociaux ont eu lieu à travers la Révolution de Juillet; Les romantiques de la première génération étaient quant à eux établis. Alors que le romantisme primitif se concentrait sur la position de l’individu dans la société et la représentation de ses états d’esprit passionnés, les conflits sociaux grandissants de l’industrialisation ont conduit certains romantiques, comme Victor Hugo et Alphonse de Lamartine, à se tourner vers les problèmes sociaux. Les plus jeunes poètes («seconde génération») comme Théophile Gautier, Paul de Musset et Charles Nodier, cependant, étaient après la prise de pouvoir de la bourgeoisie, qu’ils détestaient, profondément déçus. Ils montraient leur mépris de façon démonstrative à travers des comportements provocateurs, des vêtements, etc. La commercialisation croissante de l’art les contraignait souvent à s’engager dans des activités journalistiques pour gagner de l’argent – une circonstance qui leur répugnait. Contrairement au concept de l’art social, ils ont développé une direction de l’art élitiste pour l’art, l’art pour l’art (et non par égard pour la société). En fin de compte, le drame romantique a échoué, suite à l’échec de Les Burgraves de Hugo (1843) était indubitable. D’une part, il ne pouvait pas s’établir parmi le public, parce que c’était juste bourgeois et incliné plus à la musique classique; d’autre part, la censure n’a pas permis la pleine mise en œuvre du drame romantique contemporain (Hugos Marion Delorme et Le roi s’amuse ont été interdits).

Si le romantisme était en partie un retour primitif et indigène en Allemagne en France, c’était une réaction contre la littérature nationale. Les littératures anglaise et allemande ne s’étaient que momentanément asservies à la discipline du classicisme, sous l’influence prédominante de notre grand siècle; et ce qu’on appelle proprement le romantisme au-delà de la Manche et au-delà du Rhin, c’est l’époque littéraire où le génie du Nord, se reprenant conscience, répudie l’imitation française. En France, au contraire, pays de culture et de tradition gréco-latine, la littérature était classique depuis la Renaissance, et nous appelons romanciers qui, au début du xix e siècle, se sont libérés des règles de la pensée, en opposition au classicisme et le réalisme des philosophes du xviii e siècle.

Pas seulement en Allemagne, cette révolution a été accomplie d’un seul coup en France. En raison de son caractère de rupture avec la tradition nationale, et non pas avec des habitudes de passage, d’importation étrangère, il a été plus tard et a eu plus de difficulté à se réaliser. Commencé en réalité vers 1750, il n’a pas atteint sa fin avant un siècle plus tard. Préparé au xvii e siècle, et même contenu refoulé pendant la Révolution et l’Empire, il n’est mûr que sous la Restauration et son triomphe a été revendiqué à 1830 après les luttes enflammées et passionnées.

La bataille romantique (1820-1830)
Causes de l’achèvement du romantisme dans notre littérature
La révolution littéraire prépara le 18ème siècle, annoncé par Chateaubriand et Germaine de Staël, mais éclose depuis assez longtemps. Le livre de Germaine de Staël en particulier est resté pendant plusieurs années enterré par les soins de la police impériale. Tant que l’Empire durait, la littérature était officielle, comme toutes les manifestations d’opinion. Il semblait que la poésie classique était sous la haute protection du gouvernement et que l’orthodoxie faisait partie de la fidélité d’un bon citoyen.

Mais la génération de 1815, plus sensible et plus tremblante que celle de René, tourmentée plus cruellement par l’ennui, parce qu’elle avait plus à divertir, après la chute de Napoléon, le danger des batailles et des victoires d’ivresse, était moins disposée à Soumettre aux lois sociales et plus prompte à faire du «moi» la mesure de l’univers. C’est ce «moi» tourmenté et fier qu’elle chercherait à exprimer. Les artistes, abandonnant enfin les formes que leur laissait le passé, traduiraient ces émotions en œuvres de beauté; et à partir de ce moment, une nouvelle période commencerait dans l’histoire de nos lettres.

Le premier triomphe: Les “Méditations” de Lamartine
En 1820 apparaissent les Méditations de Lamartine (1790-1869). C’est comme un coup de tonnerre. En France, nous ne connaissions pas encore une sensibilité si sincère et si frémissante; nous n’avions jamais ressenti un souffle poétique si large et si vivifiant. «Vers l’amour et un amour inconnu en France depuis les imitateurs de Pétrarque, mélancolie profonde et mélancolique, sans mélange de fadeur ou de langueur, dans une exquise mesure de goût, des choses immortelles faites avec rien, comme le font toujours les choses qui viennent du cœur, tableaux rustiques qui semblaient très neufs, bien que la nature fût peinte depuis soixante ans, parce que c’était la nature vue avec les yeux d’un vrai rustique “(Faguet); ces inspirations originales et délicieuses, qui rouvraient subitement et magnifiquement toutes les grandes sources de l’émotion humaine, étaient pour les contemporains l’éveil d’un monde nouveau.

Le lac, l’isolement, l’automne, la vallée, portaient à la perfection cette poésie personnelle, sentimentale et descriptive, élégiaque et fébrile, qui devait être l’un des triomphes du romantisme; le Temple et l’Immortalité inauguraient une poésie philosophique et religieuse d’un son nouveau dont inspireraient Victor Hugo et Alfred de Vigny, et que Lamartine lui-même, dix ans plus tard, devait amener à la perfection dans les Harmonies.

Romantisme frénétique

Le frénétique romantisme (ou frénétisme) est un mouvement littéraire français de la première moitié du xix e siècle, inspiré en partie par le roman gothique anglais (Horace Walpole, Ann Radcliffe, Lewis, Maturin) et le mouvement Sturm und Drang German (Le Les souffrances du jeune Werther de Goethe en particulier, qui fait du suicide un sujet littéraire à la mode), dans le rejet de l’esprit des Lumières et de la rigueur classique du xvii e siècle et du xviii e siècle.

Histoire
Seulement quelques années avant la publication des premières œuvres véritablement frénétiques, Victor Hugo justifia dans son poème In André Chénier un romantisme plus brutal, plus sombre, désirant l’idée d’un romantisme lyrique et naïf fondé sur l’imitation d’un pathétique la nature.

Caractéristiques
Le romantisme frénétique se caractérise par un désir d’absolu et une impossibilité de réaliser ce désir, dilemme existentiel dont la douleur s’exprime par une ironie féroce, un cynisme exacerbé, des sentiments poussés à leur paroxysme, un délire visuel (motivé par la consommation de substances hallucinogènes , haschisch, opium, alcools).

Ainsi, il peut être considéré comme une «contrepartie de l’absurdité et de l’injustice du monde», exprimée par un «mélange intime de comédie et de tragédie, […] des éclats de rire alternant ou combinés». grotesque triste “(Jean Bruneau). Dans son analyse de Pièces perdues, Temps perdu, de Xavier Forneret, Tristan Maya définit «les principales caractéristiques de la frénésie: l’obsession de la mort, la décomposition charnelle, la destruction dans la tombe, la destruction de soi, mais aussi l’exaspération d’horreur pour atteindre des sensations fortes “.

Surtout, les écrivains “frénétiques” sont ceux qui sont décrits comme “petits romantiques”, “bousingos” ou Jeune-France, surtout Pétrus Borel, considéré comme le frénétique par excellence, mais aussi Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Philothée O ‘ Neddy (Feu et Flamme, 1833), Xavier Forneret (L’Homme Noir, 1835), Charles Lassailly (Les Roueries de Trialph, notre contemporain avant son suicide, 1833), Aloysius Bertrand (Gaspard de la nuit, 1842).

La postérité du frénéticisme
Du grand nombre d’œuvres qui semblent appartenir à la veine frénétique, on peut penser qu’un grand nombre d’auteurs ont essayé, y compris Victor Hugo, notamment des passages ou des thèmes de L’Homme Qui Rit et Notre Dame de Paris 4 semblent directement inspirés, mais aussi Charles Nodier et Flaubert, dans certaines de ses œuvres appelées “jeunesse” (Drunk and dead et Funeral of Dr. Mathurin).

Romantisme frénétique aura une influence souterraine sur un grand nombre d’œuvres et d’écrivains, y compris le comte de Lautréamont (Les chansons de Maldoror, 1869), Rimbaud (Une saison en enfer, 1873), Maurice Rollinat (Les Névroses, 1883), Iwan Gilkin (La Nuit, 1893), ou même Kierkegaard (Journal du Séducteur, 1843).

La bataille romantique
Deux ans après les Méditations, apparaît une nouvelle collection de poèmes: Odes de Victor Hugo. Cette collection, ainsi que des poèmes qui ont été publiés dans le français Muse jeunes et écrivains sentimentaux comme Alfred de Vigny, Émile Deschamps, Marceline Desbordes-Valmore, Amable Tastu, Sophie et Delphine Gay (futur M me Girardin) redoublé de succès que le nouveau poétique la forme devenait dans le grand public.

Mais cette nouvelle poésie n’a pas eu la chance de plaire aux académiciens. Suivant l’exemple de l’Académie française, les académies provinciales étaient furieuses contre ces jeunes gens audacieux, et ce sont eux qui, par obstination, empêchaient la révolution de s’accomplir pacifiquement et la forçaient à prendre un caractère. réaction excessive contre les anciennes doctrines. Abritant leur pauvreté et leur manque absolu d’imagination et de style derrière les grands noms de Corneille et de Racine, qu’ils prétendaient avoir été attaqués dans leur propre personne par les innovateurs, les derniers représentants de la tradition et des méthodes classiques ont résolument engagé la lutte.

C’était une vraie guerre. A l’ardeur des principes littéraires se sont ajoutés ceux des principes politiques; car il faut remarquer que les romantiques étaient des royalistes et des classiques libéraux; que ceux qui prêchaient la liberté dans l’art étaient des absolutistes en politique, et que les libéraux, d’autre part, ne voulaient pas subir la moindre émancipation dans le domaine littéraire. L’imitation de l’antiquité ayant été l’un des personnages de la Révolution et de l’Empire, il était naturel que la royauté restaurée tourne le dos à l’antiquité. Ainsi a fait la poésie. Elle devient royaliste et catholique en même temps que romantique. Le romantisme s’installe ainsi en France avec un air de piété pour le passé national, car les anciennes traditions de l’esprit français sont violemment interrompues par la Révolution. La plus novatrice des révolutions littéraires semblait se prendre pour une restauration.

Le combat pour la poésie
Il est venu à coups de la publication du premier volume de vers par Victor Hugo, ses Odes, bientôt augmenté par Ballades. Il n’y avait pas encore une grande audace dans cette poésie classique dans sa brillante rhétorique, mais l’école de Delille et de Luce de Lancival la trouva barbare. En effet, le 25 novembre 1824, Auger, directeur de l’Académie, devant recevoir Soumetcongratulé sur son «orthodoxie littéraire», et, reprochant la «poétique barbare» de la «secte naissante», il ajoute: «Non, c’est pas vous, monsieur, qui pense impossible l’alliance du génie avec la raison, l’audace avec le goût, l’originalité avec le respect des règles … Ce n’est pas vous qui faites cause commune avec ces amoureux de la belle nature … qui échangeraient volontiers Phèdre et Iphigénie contre Faust et Goetz Berlichingen “.

Bientôt le ton se leva, et le langage de l’Académie n’était rien de moins que académique. Baour-Lormian, a tiré son baril de l’alarme, en traitant les romantiques de porcs, en utilisant une périphrase:

Il semble que l’accès de leur stupide rage
A transformé leurs caractéristiques et leur langage;
Il semble, en les entendant gémir sur mon chemin,
Qu’ils ont vu Circé la baguette dans ma main.
Nepomucene Lemercier a interjeté appel devant les tribunaux en criant:

Avec impunité, Hugo fait des vers!

Le Constitutionnel, journal rival de la Muse française, se demandait s’il n’y aurait pas, enfin, parmi les auteurs dramatiques, un Molière ou un Regnard pour livrer les romantiques au ridicule public dans une bonne comédie en cinq actes; et Duvergier de Hauranne, futur confrère d ‘Hugo à l’ Académie, répond: “Le romantisme n’est pas ridicule, c’est une maladie, comme le somnambulisme et l ‘épilepsie, un romantique dont l’ esprit commence à s’aliéner. la raison, le ramène peu à peu, mais il ne peut pas être le sujet d’une comédie, c’est tout au plus celle d’une thèse de médecine.

La préface de Cromwell
C’est ce que dit la préface de Cromwell (1827). Ce que Victor Hugo proclame dans ce manifeste, c’est le libéralisme dans l’art, c’est-à-dire le droit de l’écrivain à n’accepter aucune autre règle que celle de son fantasme; c’est le retour à la vérité, à la vie, c’est-à-dire le droit pour l’écrivain de faire, s’il veut, presser le sublime par le grotesque, et de tout considérer dans son esprit. point de vue personnel. Résumant largement l’histoire de la poésie, Victor Hugo s’exprime ainsi: «La poésie a trois âges, chacun correspondant à une époque de la société: l’ode, l’épopée, le drame, les temps primitifs sont lyriques, les temps anciens sont épique, les temps modernes sont dramatiques.Le drame est une poésie complète.C’est dans le théâtre que tout se réalise dans la poésie moderne.Le caractère du drame est le réel.La réalité résulte de la combinaison naturelle de deux types, le sublime et le grotesque, qui se croisent dans le drame comme ils se croisent dans la vie et la création.Pour la vraie poésie, la poésie complète est dans l’harmonie des contraires … Tout ce qui est dans la nature est dans l’art. ”

Retour à la vérité, expression de la vie intégrale, liberté dans l’art, étaient les formules de la nouvelle école, dont les adeptes tenaient depuis 1824 leur quartier général, leur «Cénacle», comme on disait, dans le salon de Charles Nodier , bibliothécaire de l’Arsenal, que Victor Hugo était devenu le leader incontesté.

La lutte contre le théâtre
En attaquant le théâtre depuis le début, Victor Hugo a attaqué de front l’ennemi. Alliant talent et talent, il prit soin de proclamer au-dessus de ses adversaires les merveilles des maîtres passés, Corneille, Racine, Molière, qui s’y opposait constamment. Tous ceux qui pensaient, tous ceux qui se souciaient encore de la grandeur des lettres, comprenaient la portée du manifeste. Dans Victor Hugo narré par un témoin de sa vie, nous trouvons l’histoire d’une conversation qui a eu lieu à ce moment entre le poète et Talma. Ce que dit le grand auteur tragique est caractéristique: “L’acteur n’est rien sans le rôle, et je n’ai jamais eu de véritable rôle, je n’ai jamais eu une pièce comme je devrais l’avoir.” La tragédie est belle, c’est noble, c’est génial. voulait tant de grandeur avec plus de réalité, un personnage qui avait la variété et le mouvement de la vie, qui n’était pas tout d’un morceau, qui était tragique et familier, un roi qui était un homme … La vérité c’est ce que j’ai été cherchant dans ma vie, mais qu’est-ce que tu veux, je demande à Shakespeare, on me donne Ducis.

Tout le monde était d’accord: il fallait une littérature renouvelée. L’ardeur avec laquelle le public se pressait à l’Odéon, où des auteurs anglais venaient donner des représentations des pièces de Shakespeare, en témoigne, car il fallait que l’opinion publique se fût prononcée en faveur de nouvelles idées, afin que les chefs-d’œuvre de Le poète anglais devait être applaudi.

Mais une autre chose était la représentation des chefs-d’œuvre étrangers, et autre chose celle des pièces nouvelles, conçues par les Français dans les mêmes idées. Personne ne siffle par un livre, ni une préface; c’était au théâtre que les nouveaux arrivants étaient attendus. Mais Lamartine ne pensait pas au théâtre plus qu’à Prosper Mérimée, dont le théâtre de Clara Gazul était impossible sur la scène et que l’auteur se gardait de porter. C’était donc qui ouvrirait le feu. Vigny allait se risquer par la traduction d’Othello, lorsqu’un jeune homme de vingt-sept ans, étranger, encore obscur secrétaire du duc d’Orléans, avait obtenu un brillant succès au théâtre français. En un jour, Alexandre Dumas était devenu célèbre; son drame s’appelait Henri III et sa cour. La pièce est un peu lourde et a beaucoup vieilli, mais elle contenait assez de scènes audacieuses pour provoquer des tempêtes. La grande scène du troisième acte, en particulier, où le duc de Guise, écrasant les poignets de sa femme, l’obligea à donner rendez-vous à Saint-Mégrin, étonna l’auditoire, et, étonné, la conquit. Le succès était inouï, brillant. Les classiques, surpris, ne pouvaient pas le faire. Depuis ce jour, il était possible de dire que la cause de la nouvelle école était gagnée.

La bataille n’était cependant pas terminée. L’Othello de Vigny parut, et la critique à distance l’interprétant ainsi dans un journal du temps de la première représentation: «On arriva à la représentation du More de Venise comme à une bataille dont le succès fut de décider une grande question littéraire. Il s’agissait de savoir si Shakespeare, Schiller et Goethewere allaient chasser Corneille, Racine et Voltaire de la scène française: mauvaise foi, bonne stratégie, la question ainsi déplacée donnait raison à ceux qui la demandaient. question de chasser les maîtres de l’art de leur Parnasse séculier: on demandait simplement, comme l’écrivait ingénieusement un écrivain, «que la liberté des cultes littéraires fût proclamée. «Othellos réussit malgré une opposition magnifiquement organisée: les classiques sont arrivés dans les couloirs du théâtre et ont dit:« Comment trouvez-vous Othello? C’est beau ! Mais Iago! c’est plus beau! Et à tous répéter sur les intonations les plus discordantes miaou: “Iago! Iago!”. Rien n’était fait, la salle était subjuguée devant les rugissements noirs de la jalousie africaine que le timide Ducis n’avait entendu que des échos atténués.

La bataille d’Hernani et le triomphe final
Le chemin n’était pas seulement ouvert, mais presque dégagé. Victor Hugo est venu à la rescousse. Son drame de Cromwell était beaucoup trop grand pour être joué. Le poète prend la plume et écrit Marion de Lorme, censure arrêtée. Hugo, infatigable, a créé Hernani et la bataille décisive a eu lieu.

Dès la réception de la pièce par le comité de lecture de la Comédie-Française, sept académiciens ont adressé au roi une pétition demandant que ce théâtre soit fermé aux «dramaturges». Charles X l’a spirituellement échappé. la littérature, dit-il, je n’ai que ma place sur le sol. L’exaspération redoubla: nous essayons de repousser la censure d’Hernaniby: celle-ci, qui n’était pas favorable au poète, commet la faute, si la faute est là, d’autoriser la représentation de cette pièce, sous prétexte que c’était un extravagances “que l’auteur et ses amis seraient définitivement discrédités au public.” Il est bon “, a déclaré le rapport,” que le public voit à quel point l’esprit humain peut être égaré, libre de toutes règles et bienséance. Autres alertes: Mademoiselle Mars, qui jouait le rôle de doña Sol, ne pouvait se résigner à appeler Firmin, qui jouait le rôle de Hernani, son «lion superbe et généreux». L’auteur a menacé d’enlever son rôle. Elle a ensuite accepté le lion lors des répétitions, mais avec le public, ce qu’elle a fait. D’un autre côté, la gifle était prête à trahir. Le poète, qui était réticent à applaudir les employés, voulait la liberté sur le sol comme il le prétendait sur scène. La gifle a été supprimée. La jeunesse romantique, les écrivains et les artistes, Bousingots et Jeune-France, offraient au maître de les remplacer. “Tout le monde a reçu pour passe un carré de papier rouge, frappé d’une griffe mystérieuse, enregistrant au coin du billet le mot espagnol hierro, qui signifie fer, cette devise, d’une hauteur castillane appropriée au caractère d’Hernani, signifiait qu’il fallait être, dans la lutte, franc, brave et fidèle comme l’épée, c’était … Les épisodes de cette mêlée épique ont été racontés vingt fois.

«A partir d’une heure de l’après-midi (28 février 1830), les passants de la rue Richelieu virent s’accumuler à la porte du théâtre une bande d’être sauvage et bizarre, barbu, poilu, habillé de toute façon, sauf à la mode: dans une tunique, dans un manteau d’Espagne, dans un gilet de Robespierre, dans un chapeau à l’Henri III, ayant tous les âges et tous les pays sur leurs épaules et sur leurs têtes, au milieu de Paris, à midi. stupéfait et indigné, M. Théophile Gautier, surtout, insultait ses yeux par un gilet de satin écarlate, attaché sur un pantalon vert pâle à bande de velours noir, et par les cheveux épais qui descendaient jusqu’aux reins.

La porte ne s’est pas ouverte. les tribus ont entravé la circulation. L’art classique ne pouvait voir avec calme ces hordes barbares qui envahiraient son asile; il a ramassé tous les balayages et ordures du théâtre, et les a jetés sur les assiégeants. M. de Balzac Il a reçu un morceau de chou. La porte s’ouvrit à trois heures et se referma. Seulement dans la salle, ils s’organisèrent. Les lieux s’installèrent, il n’était encore que trois heures et demie; que faire jusqu’à sept ans? Nous avons parlé, nous avons chanté, mais la conversation et les chansons sont épuisées. Heureusement, nous étions venus trop tôt pour dîner, alors nous avions apporté des saucisses, des saucisses, du jambon, du pain, etc. Nous avons dîné, alors. Comme nous n’avions rien à faire, nous avons dîné si longtemps que nous étions encore à table quand le public est entré (Victor Hugo a raconté). A la vue de ce restaurant, le public des loges se demandait s’il rêvait; dérangé par l’odeur de l’ail et de la saucisse, les belles dames et les classiques corrects protesté, et il est au milieu de

La victoire a été gagnée par une lutte forte; pendant les entr’actes, des scènes de pugilats, de cassures de bancs et de chapeaux brisés à coups de poings, témoignaient, plus que l’excellence des nouvelles doctrines littéraires, de la vigueur de leurs champions. «Ce serait difficile», écrit Gautier, quarante-quatre ans plus tard, dans un style où l’ardeur du combat vibre encore, «pour décrire l’effet que produisirent sur le public les vers singuliers, masculins et forts du public. Un système si étrange, si corné et si shakespearien à la fois … Deux systèmes, deux partis, deux armées, voire deux civilisations, il n’y a pas grand chose à dire, étaient en présence, se haïssant cordialement, comme on se déteste littérairement Des vers étaient pris et ramassés, comme des redoutes contestées par chaque armée avec une égale obstination: un jour, les romantiques enlevaient une tirade que l’ennemi reprenait le lendemain et d’où il fallait la déloger. Que de cris! Que de sifflets! Que de sifflets! Que d’ouragans de bravos! Que de tonnerre d’applaudissements! Les chefs de parti se déguisaient en héros de Homer … Pour cette génération, Hernani était ce que Cid était pour les contemporains de Corneille. vaillant, amoureux, poétique, recevoir d le souffle … Le charme dure encore pour ceux qui ont été captivés. ”

Le règne du romantisme (1830-1843)

Poésie
Pendant que la révolution se déroulait au théâtre, une littérature nouvelle, originale et forte se développait dans le livre. Les premières méditations des Odes et Ballades de Lamartine et Hugo ont déjà été mentionnées. Lamartine a donné en 1823 les Nouvelles Méditations, en 1825 le Dernier Chant du Pèlerinage de Childe Harold, suite au pèlerinage de Childe Harolde de Byron, en 1830 Harmonies poétiques et religieuses, où sont ses plus belles pièces. Hugo, qui donna en 1829 les Orientales, donnera en 1831 les Feuilles d’Automne, en 1835 le Chant du Crépuscule, en 1837 les Voix Intérieure, en 1840 les Rayons et les Ombres. Alfred de Vigny publie en 1826 ses poèmes anciens et modernes, inspirés principalement de l’Antiquité biblique et homérique et de l’époque médiévale.

A côté de ces trois grands chefs de chœur, toute une pléiade ardente et jeune se précipite vers la bataille pour l’indépendance de l’art. Sainte-Beuve, l’auteur de la Carte de la poésie française au xvie siècle, s’étant levé, Ronsard, du Bellay, l’ancien Pléiades, devient aussi poète sous le pseudonyme de Joseph Delorme. Emile Deschamps se tourne vers l’Espagne, à l’instar de son maître Hugo, et fait connaître à la France, dans le roman du roi Rodrigue, les beautés du romancero espagnol. Théophile Gautier publie, à la fin de 1830, ses premiers vers où il se révèle à la fois maître de la forme. Alfred de Musset publie surtout en 1829 ses contes d’Espagne et d’Italie, éminemment romantiques avec leurs vers disloqués aux rimes imprévues et trop riches, et l’accumulation des procédés chers au drame et au roman de la jeune école (jalousies féroces, empoisonnements, duels, etc.); mais, de 1829 à 1841, changeant de style et tirant de sa propre expérience le matériel de sa poésie, il cria la souffrance qu’il ressentait pour avoir aimé et donnerait une série de poèmes immortels: les quatre Nuits de Mai, de décembre, août Octobre, le souvenir.

Le roman
En même temps que la poésie, le roman prétendait aussi être victorieux.

Victor Hugo avait donné en 1823 Han d’Islande et en 1826 Bug-Jargal, des romans «terribles» dont l’imagination hilarante fait sourire aujourd’hui. mais en 1831 il publie Notre-Dame de Paris, où il se dresse autour d’une cathédrale vivante et presque hallucinatoire, le Paris du xv e siècle, avec ses rues noires et crasseuses et ses écoliers de mendiants et de truands. De cette manière du roman historique, il avait été précédé de Vigny, dont Cinq-Mars avait paru en 1826.

Bientôt Alexandre Dumas, conteur inépuisable et toujours amusant, fascinera la France par ses romans pseudo-historiques et par ses merveilleuses histoires de combats et d’aventures qui sont encore dans tous les mémoires (les Trois Mousquetaires, Vingt ans plus tard, le Vicomte de Bragelonne, le Comte de Monte-Cristo); George Sand donnera ses romans de Lelia, Indiana, œuvres de révolte et de douleur, et Consuelo; Balzac élèvera de 1829 à 1850 sa monumentale Human Comedy.

L’amour du passé national, qui avait inspiré de grandes œuvres pour les poètes, les romanciers, les dramaturges, provoqua une renaissance des études historiques. «Pharamond, Pharamond, nous nous sommes battus avec l’épée …» Le chant de guerre des Francs, comme une autre Marseillaise, avait préludé à l’éveil des générations perdues. Aimer le passé, le voir, le reproduire avec le mouvement et les couleurs de la vie, telle est l’ambition des historiens romantiques. Les documents d’archives donneront un Augustin Thierry (1795-1856) et un Michelet (1798-1874) faits, dates, acteurs; leur imagination et leur cœur leur donneront la vie, recréeront leur atmosphère, restaureront leur cadre. L’histoire de la conquête de la (1825) est bien l’énoncé des faits relatifs à cette conquête, mais c’est aussi «une immense clameur de joie féroce dans le camp des conquérants, le murmure étouffé des victimes que les contemporains avaient à peine entendu et dont l’écho à travers les âges, se répercute mystérieusement à l’écrivain “(De Crozals).

Tentative de réaction conventionnelle
Au théâtre, le drame romantique règne en maître: Vigny joue la Maréchale d’Ancre en juillet 1830 et Chatterton en 1835; Alexandre Dumas donne Antoine en 1831; Hugo est surtout inépuisable: Marion Delorme, brillamment jouée en 1831, succède au roi qui s’amuse (1832), le roi s’amuse, Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Angelo, Ruy Blas; rien ne semblait interrompre une carrière si féconde et si brillante.

Soudain, en 1843, une réaction classique assez violente éclate. Un jeune homme, François Ponsard, a envoyé pour l’Odéon une tragédie classique, Lucretia, une pièce solide et naïve, écrite dans un style lourd, mais franche et saine. L’auteur n’avait ni affaibli ni orné son sujet; il ne l’avait pas paré de faux pittoresques; il avait conservé à ses primitifs Romains leurs toges de laine blanche. Lucrèce fut choisie par les adversaires des romantiques pour s’opposer aux Burgraves que jouait Victor Hugo au Théâtre-Français. Une cabale siffla ce dernier travail et applaudit son rival, de sorte que les Burgraves connurent un véritable échec.

Les destins du drame romantique
Après les Burgraves, les romantiques ne pouvaient plus donner vie à leur drame. Au moins, ils ont réussi à empêcher la tragédie de vivre. Ponsard n’est pas allé à l’école; même ses autres tragédies, Agnes de Meranie et Charlotte Corday, sont tombées d’une chute profonde. Malgré tout son talent, Rachel n’a pas réussi à soutenir au Théâtre Français une nouvelle tragédie. Quand nous sommes revenus à la tragédie, c’était à Corneille et à Racine; Voltaire lui-même avait sombré dans la tourmente romantique.

La comédie bourgeoise a pris la place du drame historique. Le mouvement a commencé au 18ème siècle par l’apparition de la comédie larmoyante et le drame du bourgeois Diderot a été répété en 1850, où fils Augier et Dumas, enveloppant un argument moral dans une peinture précise des mœurs contemporaines, créent le drame, seulement comme vivant vraiment le drame au 19ème siècle.

Fin du romantisme
Vers 1850, il n’y a plus de classiques. Les échos de la bataille romantique se sont tus depuis longtemps, Lamartine est condamné à donner pour vivre la “copie” aux éditeurs; Musset ne produit plus; Vigny n’a publié aucun vers depuis sa première collection. Sans adversaires et sans rivaux, Victor Hugo règne seul; il prolonge le romantisme d’un quart de siècle. L’Empire, qui le fit se jeter hors de France, lui fournit le sujet des Châtiments (1853), puissante explosion de satire lyrique; les Contemplations (1856), abondantes effusions de poésie individualiste, offrent toutes les variétés d’émotions et de pensées intimes; La légende des siècles (1859, 1877, 1883) recueille et réunit tous les travaux antérieurs.

Derrière ce magnifique tableau, la poésie se transforme et en même temps que toute la littérature. Le temps de l’excitation passionnée est fini; la poésie cesse d’être exclusivement personnelle; elle s’imprègne d’un esprit scientifique et cherche à rendre des conceptions générales de l’intelligence plutôt que des accidents sentimentaux de la vie individuelle. La direction de l’inspiration échappe au coeur; il est repris par l’esprit, qui fait un effort pour sortir de soi et saisir une forme stable. Vigny réapparaît, mais c’est précisément pour enseigner à effacer le moi et la singularité de l’expérience intime (Destinies, 1864, œuvre posthume). L’égoïsme passionné du romantisme est mort par ce qui le remplace.