Littérature française du XXe siècle

La littérature française du XXe siècle fait partie d’un siècle tumultueux marqué par deux guerres mondiales, par l’expérience du fascisme totalitaire et communiste et d’une décolonisation difficile. La littérature verra également son statut évoluer sous l’effet de transformations technologiques telles que l’apparition et le développement d’éditions de poche ou la concurrence d’autres activités de loisirs telles que le cinéma, la télévision ou la pratique informatique. En même temps, il y aura une dilution graduelle des courants esthétiques et intellectuels après l’ère du surréalisme, de l’existentialisme et du Nouveau Roman.

Aperçu
La littérature française a été profondément marquée par les événements historiques du siècle et elle a également été façonnée par les crises politiques, philosophiques, morales et artistiques du siècle.

Cette période couvre les dernières décennies de la Troisième République (1871-1940) (y compris la Première Guerre mondiale), la période de la Seconde Guerre mondiale (l’occupation allemande de Vichy-1944, le gouvernement provisoire français (1944-1946) la IVe République (1946 Les événements historiques importants pour la littérature française sont: l’affaire Dreyfus, le colonialisme français et l’impérialisme en Afrique, l’Extrême-Orient (Indochine française) et le Pacifique, la guerre d’indépendance algérienne (1954-1958). 1962), la croissance importante du Parti communiste français, la montée du fascisme en Europe, les événements de mai 1968. Pour en savoir plus sur l’histoire française, voir Histoire de la France.

La littérature française du vingtième siècle n’a pas connu de développement isolé et révèle l’influence des écrivains et des genres du monde entier, notamment Walt Whitman, Fiodor Dostoïevski, Franz Kafka, John Dos Passos, Ernest Hemingway, William Faulkner, Luigi Pirandello, les Britanniques et les Américains. roman policier, James Joyce, Jorge Luis Borges, Bertolt Brecht et bien d’autres. À son tour, la littérature française a également eu un impact radical sur la littérature mondiale.

En raison de l’esprit créatif des mouvements littéraires et artistiques français au début du siècle, la France a acquis la réputation d’être la destination nécessaire pour les écrivains et les artistes. Les écrivains étrangers importants qui ont vécu et travaillé en France (en particulier à Paris) au XXe siècle sont: Oscar Wilde, Gertrude Stein, Ernest Hemingway, William S. Burroughs, Henry Miller, Anaïs Nin, James Joyce, Samuel Beckett, Julio Cortázar, Vladimir Nabokov, Edith Wharton et Eugène Ionesco. Certaines des œuvres les plus importantes du siècle en français ont été écrites par des auteurs étrangers (Eugène Ionesco, Samuel Beckett).

De 1895 à 1914
Les premières années du siècle (souvent appelées «Belle époque») ont connu des expériences radicales dans tous les genres et le symbolisme et le naturalisme ont subi de profonds changements.

Dans le roman, les premiers travaux d’André Gide, en particulier L’Immoraliste (1902), poursuivent les problèmes de liberté et de sensualité posés par le symbolisme; Le roman d’Alain-Fournier Le Grand Meaulnes est un portrait profondément ressenti d’un passé nostalgique.

La fiction populaire et la fiction de genre au début du 20ème siècle ont également inclus la fiction policière, comme les mystères de l’auteur et du journaliste Gaston Leroux qui est crédité du premier “casse-tête” – Le Mystère de la Chambre Jaune, mettant en vedette le le détective amateur Joseph Rouletabille (1908) – et l’immensément populaire The Phantom of the Opera (1910). Maurice Leblanc a également pris de l’importance avec les aventures du gentleman-voleur Arsène Lupin, qui a gagné une popularité semblable à Sherlock Holmes dans le monde anglophone.

De 1914 à 1945
Dada et le surréalisme
La Première Guerre mondiale a engendré des tendances encore plus radicales. Le mouvement Dada – qui a débuté dans un café en Suisse en 1916 – est arrivé à Paris en 1920, mais en 1924, les écrivains autour de Paul Éluard, André Breton, Louis Aragon et Robert Desnos – fortement influencés par la notion d’inconscient de Sigmund Freud – ont modifié dada provocation dans le surréalisme. Dans l’écriture et dans les arts visuels, et en utilisant l’écriture automatique, les jeux créatifs (comme le cadavre exquis) et les états modifiés (par l’alcool et les narcotiques), les surréalistes ont essayé de révéler le fonctionnement de l’inconscient. Le groupe défendait les écrivains qu’ils considéraient comme radicaux (Arthur Rimbaud, le comte de Lautréamont, Baudelaire, Raymond Roussel) et promouvait une philosophie anti-bourgeoise (notamment en matière de sexe et de politique) qui conduirait plus tard la plupart d’entre eux à rejoindre le communisme. fête. D’autres auteurs associés au surréalisme incluent: Jean Cocteau, René Crevel, Jacques Prévert, Jules Supervielle, Benjamin Péret, Philippe Soupault, Pierre Reverdy, Antonin Artaud (qui a révolutionné le théâtre), Henri Michaux et René Char. Le mouvement surréaliste continuera à être une force majeure dans l’écriture expérimentale et le monde de l’art international jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La technique surréaliste était particulièrement bien adaptée à la poésie et au théâtre, bien que Breton, Aragon et Cocteau aient également écrit des œuvres en prose plus longues, comme le roman de Nadja «Nadja».

Influence et dissidence
L’influence du surréalisme sera d’une grande importance sur des poètes comme Saint-John Perse ou Edmond Jabès, par exemple. D’autres, comme Georges Bataille, ont créé leur propre mouvement et groupe en réaction. L’écrivain suisse Blaise Cendrars était proche d’Apollinaire, de Pierre Reverdy, de Max Jacob et des artistes Chagall et Léger, et son travail présente des similitudes avec le surréalisme et le cubisme.

Poésie

La poésie française du XXe siècle est à la fois héritière et novatrice dans ses thèmes et dans sa forme avec une nette préférence pour le vers libre, mais elle semble en déclin ou au moins déplacée vers le domaine plus incertain de la chanson.

Les débuts du siècle symbolisme, décadence, poésie spirituelle

Emile Verhaeren
Les débuts du siècle montrent une grande diversité avec les héritages du siècle précédent, que ce soit la continuité du mouvement symboliste et décadentiste avec Sully Prudhomme, Saint-Pol-Roux, Anna de Noailles et certains aspects d’Apollinaire, la lignée de le travail formel de Cervin et Mallarmé avec Paul Valéry (Charmes, 1922), ou la libération de nouveaux thèmes tels que l’humilité de la vie quotidienne avec Francis Jammes (Les Chrétiens Géorgiques, 1912) ou Paul Fort (Ballades Françaises, 1922-1951) et le ouverture au monde moderne avec Émile Verhaeren (Villes tentaculaires, 1895 – All Flanders, 1904-1911).

Dans les mêmes années, des voix singulières sont entendues avec ceux appelés “Poètes de Dieu” comme Charles Péguy avec son inspiration patriotique et religieuse et la force d’une simple poésie (Jeanne d’Arc, 1897 – Tapisserie d’Eve, 1913), ou Paul Claudel avec sa quête spirituelle exprimée à travers l’ampleur du verset (Five Great Odes, 1904 – 1908 – 1910).

Le “nouvel esprit” de la révolution surréaliste
C’est aussi l’époque des “découvreurs” comme Blaise Cendrars (La Pâque à New York, 1912 – La Prose de Transsibérien, 1913), Guillaume Apollinaire (Alcools, 1913 – Calligrammes, 1918), Victor Segalen (Steles, 1912), Max Jacob (The Dice Cornet, 1917), St. John Perse (Louange, 1911 – Anabasis, 1924, avec une œuvre prolongée, par exemple Bitter en 1957) ou Pierre Reverdy (La plupart du temps, 1945, regroupement de poèmes de 1915 -1922) qui explorent le «nouvel esprit» en recherchant la présence de la modernité et de la vie quotidienne (la rue, le voyage, la technique) et l’éclatement de la forme (disparition de la rime, ponctuation, verset métrique et audaces stylistiques exploitant le expressivité des images, ressources du rythme et des sons …). Ils préfigurent une recherche plus systématique comme celle du dadaïsme de Tristan Tzara et, après lui, du surréalisme, qui donne à la poésie l’exploration de l’inconscient en utilisant des perturbations rimbaldiennes et en bousculant les «assis». L’écriture automatique apparaît également dans le même but. Les principaux poètes de ce mouvement surréaliste sont André Breton, le théoricien du mouvement avec le Manifeste du surréalisme en 1924, Paul Éluard (Capitale de la douleur, 1926), Louis Aragon (Mouvement perpétuel, 1926), Robert Desnos (Corps et Biens, 1930), Philippe Soupault (Les Champs magnétiques, 1920, en collaboration avec André Breton) ou Benjamin Péret (Le grand jeu, 1928), auquel on peut associer des peintres tels que Dali, Ernst, Magritte ou Miro.

Crédits individuels et dépassement du surréalisme
Les dissidences apparaissent assez vite dans le groupe surtout sur l’adhésion au communisme, et la violence de l’histoire comme l’occupation de la France amènera de nombreux poètes à renouveler leur inspiration en participant à la Résistance et à publier des textes clandestinement engagés. C’est le cas de Louis Aragon (Les Yeux d’Elsa, 1942 – La Diana Française, 1944), Paul Eluard (Poésie et Vérité, 1942 – Le rendez-vous allemand, 1944), René Char (Feuillets d’Hypnos, 1946) ou René -Guy Cadou (Coffre plein, 1946). Les poètes ne seront pas épargnés par l’extermination nazie: Robert Desnos mourra dans un camp allemand et Max Jacob dans le camp de Drancy.

Cependant, les individualités produiront des œuvres qui dévoileront différentes approches avec l’approche onirique de Jean Cocteau (Plain-Chant, 1923), la recherche expressive d’Henri Michaux (Elsewhere, 1948), le jeu verbal repris par Jacques Prévert, poète du quotidien. et les opprimés (Paroles, 1946-1949) ou Francis Ponge (Le biais des choses, 1942) à la recherche d’une poésie en prose descriptive. Tous traduisent des émotions et des sensations dans la célébration du monde avec Jules Supervielle (Mémoire oublieuse, 1948) ou Yves Bonnefoy (Pierre écrit, 1965), célébration renouvelée par des voix d’ailleurs comme celle d’Aimé Césaire, l’Antillais (Cahier d’un retour à le pays natal, 1939 – 1960), Léopold Sédar Senghor (Ombres d’ombre, 1945) ou Birago Diop (Leurres et Lumières, 1960) chantant l’Afrique.

Poésie et chanson
La diffusion de disques de plus en plus massifs va fortement participer à un nouveau genre, la poésie chantée qui a illustré dans les années 1950-1970 Boris Vian, Léon Ferré, Georges Brassens, Jacques Brel et Jean Ferrat. L’importance de leurs successeurs est très délicate à établir, avec des audiences très variables et des effets de modes comme la chanson folk, le rap ou le slam …

Poésie contemporaine
Après la guerre, le surréalisme perd de son élan en tant que mouvement, bien qu’il influence fortement la production poétique de la seconde moitié du siècle. Les poètes qui apparaissent sur la scène poétique, comme Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, Philippe Jaccottet ou André du Bouchet, s’écartent des chemins surréalistes pour privilégier une poésie en quête d’authenticité, plus méfiante du langage artificiel et en particulier de la métaphore.

Les années 1950 voient, dans la tradition du mouvement lettriste d’Isidore Isou, une poésie sonore (Henri Duchamp et le magazine OU) et une poésie-action (Bernard Heidsieck). Ces poètes utilisent le magnétophone et le support du disque vinyle pour publier une poésie basée sur l’oralité même sur les sons.

Les années 1960 et 1970 ont également vu une poésie plus expérimentale. C’est ainsi que l’OuLiPo (avec Raymond Queneau notamment) se propose d’écrire en imposant des contraintes formelles pour stimuler la production poétique. C’est aussi la période où se développe le littéralisme, pratiqué notamment par Emmanuel Hocquart ou Anne-Marie Albiach et théorisé par Jean-Marie Gleize.

A la suite des poètes et écrivains américains “beat”, à la fin des années 1960 apparut un courant appelé “nouveau réalisme poétique” (Jacques Donguy, numéro de Poésie 1975). Ce courant est représenté par des auteurs comme Claude Pélieu, Daniel Biga ou Alain Jégou.

Dans le même temps, les années 1970 voient l’émergence des «poètes électriques», avec Michel Bulteau, Jacques Ferry et Mathieu Messagier. Le “manifeste électrique aux jupes de paupières” est publié par l’éditeur du Black Sun en 1971.

Les années 1980 sont marquées par un nouveau lyrisme, pratiqué par des poètes tels que Guy Goffette, Marie-Claire Bancquart, James Sacred ou Jean-Michel Maulpoix.

Roman

Dans la première moitié du siècle, le genre du roman a également connu d’autres changements. Les romans de Louis-Ferdinand Céline – tels que Voyage au bout de la nuit – ont utilisé un style elliptique, oral et argotique pour contrer les hypocrisies et les manquements moraux de sa génération (son anti Cependant, dans les années 1940, des tracts sémites ont conduit à sa condamnation pour collaboration. Les romans de Georges Bernanos utilisaient d’autres techniques formelles (comme la «forme de journal») pour approfondir l’exploration psychologique. L’analyse psychologique était également au centre des romans de François Mauriac, bien qu’il soit vu par Sartre comme le représentant d’un fatalisme dépassé. Les hommes de bonne volonté de Jules Romains (1932-1946), Le roman en huit parties de Roger Martin du Gard, The Thibaults (1922-1940), et le chef-d’œuvre en sept parties de Marcel Proust À la recherche du temps perdu of Lost Time, 1913-1927) s’est étendu sur le modèle roman-fleuve. André Gide a continué à expérimenter avec le roman, et son exploration la plus sophistiquée des limites du roman traditionnel se trouve dans The Counterfeiters, un roman ostensiblement sur un écrivain essayant d’écrire un roman.

Evolution du roman littéraire
Ce genre très large voit la continuation du roman traditionnel mais aussi des innovations et des défis tels que ceux du statut de narrateur, de la notion de personnage ou de complot, souvent explosés et parfois rejetés. La présentation souligne le roman du 20ème siècle (il devrait peut-être être appelé «récit») est évidemment un défi, mais nous pouvons définir quelques lignes de force suivant les progrès du siècle.

Accompagnant la forme classique et les idées progressistes d’Anatole France (L’île des Pingouins, 1908), les romanciers écrivent de grands cycles romantiques constituant des fresques sociales et historiques marquent l’époque, que Les Thibault (1922-1929) de Roger Martin du Gard, Hommes de Bonne Volonté (1932-1946) de Jules Romains, la Chronique Pasquier (1933-1945) à Georges Duhamel ou des travaux plus complexes tels que Le Retour à Jean-Paul Sartre (1945) et / ou Les Communistes (1949-1951) deLouis Aragon.

En même temps, le roman se nourrit des différentes expériences de la vie de chacun en révélant des itinéraires uniques, que ce soit à travers la guerre avec Henri Barbusse (Le Feu, 1916) ou Roland Dorgelès (Les Croix de Bois, 1919). adolescence avec Alain-Fournier (Le Grand Meaulnes, 1913), Romain Rolland (Jean-Christophe, 1903-1912) ou Raymond Radiguet (Le diable dans le corps, 1923), l’état féminin avec Colette et la série de Claudine ou La Pussy (1933), la nature et le régionalisme avec Louis Pergaud (La guerre des boutons, 1912), Charles-Ferdinand Ramuz (La grande peur dans les montagnes, 1926), Jean Giono (Colline, 1928 – Regain, 1930), Henri Bosco (Le Ass Culotte, 1937) ou l’interrogation morale et métaphysique avec Georges Bernanos (Sous le soleil de Satan, 1926), François Mauriac (Thérèse Desqueyroux, (1927), Charles Plisnier ou Joseph Malègue (Augustin ou le Maître est là).

Le roman d’approfondissement psychologique initié par Maurice Barrès ou Paul Bourget, trouvera deux maîtres avec Marcel Proust et son travail fondateur sur la fonction du roman et le jeu de la mémoire (In Search of Lost Time, 1913-1927), et André Gide, aussi un poète (Les Nourritures Terrestris, 1895) et un autobiographe (Si le grain ne meurt pas, 1920-1924), qui met en scène l’acte libre (Les Caves du Vatican, 1914). Ce questionnement psychologique conduira à la génération suivante sur le sentiment de l’absurde avec le personnage de Meursault dans L’Etranger (1942) d’Albert Camus ou Roquentin de La Nausée (1938) existentialiste Jean-Paul Sartre. Des auteurs moins prestigieux peuvent leur être associés comme Valery Larbaud (Fermina Márquez, 1911) ou Paul Morand (L’Homme pressé, 1940).

Le poids des événements historiques guidera également certains romanciers vers l’engagement en exaltant des héros politiques et guerriers comme André Malraux dans The Human Condition (1933) ou L’Espoir (1937), Antoine de Saint-Exupéry (auteur du célèbre conte The Little Prince, publié en 1943) dans Night Flight (1931) ou Terre des hommes (1939) ou Albert Camus dans La Peste (1947). En revanche, le type d’anti-héros dans le style de Bardamushook de Louis-Ferdinand Céline par les événements et confronté à l’absurdité du monde oppresseur des faibles sur tous les continents dans Voyage à la fin de la nuit (1932).

Ces orientations thématiques particulières s’accompagnent d’un certain renouveau formel: Marcel Proust renouvelle la prose romanesque avec sa phrase-rosace et cultive l’ambiguïté comme pour l’auteur / narrateur 16, Louis-Ferdinand Céline invente un langage oralisante et André Malraux applique le découpage cinématographique. Avec d’autres perspectives, André Breton (Nadja, 1928 et L’Amour fou, 1937) et après lui Raymond Queneau (Pierrot mon ami, 1942 – Zazie dans le métro, 1959), Boris Vian (Les jours de mousse, 1947 – L’herbe rouge, 1950) et Julien Gracq (La Côte des Syrtes, 1951) introduisent une poétique surréaliste. De son côté, André Gide a méticuleusement organisé un récit complexe en multipliant les points de vue dans The Counterfeiters en 1925, tandis qu’Albert Camus a joué, sous l’influence du roman américain, avec le monologue interne et le rejet de l’omniscient dans The Stranger. (1942). Dans les années 1930 Jean Giono s’appuie sur la force des métaphores créatives dans Regain (1930) ou dans Le Chant du monde (1934) tandis que Francis Carco (L’homme traqué, 1922) et Marcel Aymé (La jument verte, 1933) ou plus tard Albert Simonin (Touch not to grisbi! 1953) exploitent la verdeur des discours populaires. Beaucoup d’autres auteurs, plus méconnus, participent à ce renouveau comme René Daumal et ses approches pataphysiques, Luc Dietrich avec la quête du roman proche de l’autobiographie (The Learning of the City, 1942) ou Vladimir Pozner qui fait exploser le récit et la fiction (The Bit Tooth, 1937).

La recherche formelle devient systématique avec le courant connu comme “le nouveau roman” des années 50 aux Éditions de Minuit: ces “romanciers laboratoire” travaillent à la disparition du narrateur, du personnage, de l’intrigue, de la chronologie au profit de la subjectivité et le désordre de la vie, la présence grossière des choses avec notamment Alain Robbe-Grillet (Les Gommes, 1953), Michel Butor (La modification, 1957), Claude Simon (La route des Flandres, 1960) et Nathalie Sarraute (Le Planétarium, 1959) , qui se détachent alors clairement des romancières traditionnelles comme Françoise Sagan (Bonjour la tristesse, 1954), Hervé Bazin (Viper en main, 1948), Henri Troyat (La lumière des justes, 1959/1963) ou Robert Sabatier (Les Allumettes suédoises, 1969) ou François Nourissier (allemand, 1973).

En plus de ces romans «expérimentaux» ou de ces œuvres plutôt insignifiantes, les années 1960-80 offrent aux auteurs de grande renommée de fortes personnalités littéraires et des œuvres originales et fortes. Par exemple Marguerite Yourcenar (Mémoires d’Hadrien, 1951 – Le travail à noir, 1968), Marguerite Duras, parfois liée au mouvement du nouveau roman, (Moderato cantabile, 1958 – L’amant, 1984), Albert Cohen (Belle de la Lord, 1968), Michel Tournier (vendredi ou les limbes du Pacifique, 1967 – Le roi des aulnes, 1970) ou JMG Le Clézio (Les Minutes, 1963 – Désert, 1980).

Le roman populaire (policier, historique, science-fiction, fantastique …)
Le siècle est aussi riche en profusion des formes populaires du XIXe siècle que l’histoire policière peu à peu influencée par le thriller américain avec Georges Simenon (Yellow Dog, 1932), boileau-narcejac (celui qui était plus, 1952), Léo Malet (Nestor Burma et le Monstre, 1946), Jean Vautrin (Canicule, 1982), Jean-Patrick Manchette (“Le Petit Bleu de la Côte Ouest” 1976), Didier Daeninckx (La mort oublie la personne, 1989), Philippe Djian (Le bleu comme l’enfer, 1983) , Jean-Christophe Grangé (Les rivières violettes, 1998) … Le roman historique se multiplie avec Maurice Druon (Les Rois maudits, 1955-1977), Gilles Lapouge (La bataille de Wagram, 1987), Robert Merle (Fortune de France , 1977) ou Françoise Chandernagor (La Chambre, 2002). Histoires abondantes de voyages et d’aventures (Henry de Monfreid – Les Secrets de la Mer Rouge, 1932) et romans d’action et d’exotisme avec Jean Lartéguy (Les Centurions, 1963), Jean Hougron (La Nuit Indochinoise, 1950/1958) ou Louis Gardel ( Fort-Saganne, 1980). La science-fiction et la fantasy produisent aussi un grand nombre d’œuvres avec René Barjavel (Night Time, 1968), Michel Jeury (Uncertain Time, 1973), Bernard Werber (Ants, 1991) qui … ont du mal à rivaliser avec les œuvres traduites .

Auto-écriture
La veine est égocentrique, elle aussi, très productive avec des formes plus ou moins innovantes d’autobiographie avec Marcel Pagnol (La Gloire de mon père, 1957), Simone de Beauvoir (Mémoires d’une fille fidèle, 1958), Jean-Paul Sartre (Mots, 1964), Julien Green (Terre lointaine, 1966), Nathalie Sarraute (Enfance, 1983), Georges Perec (Mémoire d’enfance, 1975), Marguerite Yourcenar (Archives du Nord, 1977) ou Hervé Guibert (À l’ami qui n’a pas save my life, 1990) et l’écriture de soi rejoint le roman dans le genre plutôt vague de l’autofiction avec Patrick Modiano (Rue des Boutiques Obscures, 1978). Annie Ernaux (La Place, 1983), Jean Rouaud (Les Champs d’Honneur , 1990), Christine Angot (Sujet Angot, 1998) …

Le dur travail de la langue
Une autre veine illustre la fin du 20ème siècle, le travail acharné de la langue. Pierre Michon, Yves Charnet, Jean-Claude Demay et Claude Louis-Combet illustrent cette tendance où domine la demande d’écriture riche et de sens fort.

Quelques auteurs très récents
Conclure cette vue d’ensemble du roman français du XXe siècle en notant l’émergence d’un écrivain alliant subjectivité et sociologie de l’époque, Michel Houellebecq.

Théâtre
Le théâtre des années 1920 et 1930 connut de nouveaux changements dans une association de théâtres (appelée «Cartel») autour des réalisateurs et producteurs Louis Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty et Ludmila et Georges Pitoëff. Ils ont produit des œuvres des écrivains français Jean Giraudoux, Jules Romains, Jean Anouilh et Jean-Paul Sartre, ainsi que du théâtre grec et shakespearien, et des œuvres de Luigi Pirandello, Anton Tchekhov et George Bernard Shaw. Antonin Artaud 1896-1948 en tant que poète et dramaturge révolutionne la notion de langage et change l’histoire et la pratique du théâtre.

Persistance d’un théâtre populaire
La persistance du théâtre de boulevard, populaire, amusante et satirique est assurée par Jules Romains (Knock, 1928), Marcel Pagnol (Marius, 1929 – Topaz, 1933) et Sacha Guitry (Désiré, 1927 – Quadrille, 1937), Marcel Achard (Jean de la Lune, 1929) – Pomme de terre, 1954), André Roussin (Oeufs de l’Autruche, 1948) et autres, jusqu’à Agnès Jaoui / Jean-Pierre Bacri (Cuisine et dépendances, 1989) ou Yasmina Reza (Art, 1994) aujourd’hui .

Une mention spéciale doit être faite à Jean Anouilh qui approfondit dans un travail riche et varié une approche “moraliste” de l’humanité avec des sujets souriants et grinçants à la fois (Pink Pieces) comme le voyageur sans bagages (1937), L ‘Invitation to le château (1947), Cher Antoine (1969), ou des sujets historiques, graves et tragiques, (pièces noires) comme Antigone (1944), L’Alouette (1952) ou Becket ou l’honneur de Dieu (1959).

Le renouveau du théâtre littéraire
La première moitié du 20ème siècle fut aussi une période de renouveau du drame littéraire avec les compositions dramaturgiques totalisantes et grouillantes de Paul Claudel marquées par la foi chrétienne, le lyrisme et l’évocation historique (The Satin Slipper, écrit en 1929 mais construit en 1943, durant cinq heures). Un peu plus tard, c’est par la reprise des anciens mythes que s’exprimeront la tragédie de l’homme et l’histoire fortement perçue dans la montée des périls de l’entre-deux-guerres et qui illustrent Jean Cocteau (Orphée, 1926 – La machine infernale, 1934), Jean Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935 – Electra – 1937), Albert Camus (Caligula, écrit en 1939 mais créé en 1945) et Jean-Paul Sartre (Les Mouches, 1943). Certaines pièces de Henry de Montherlant, comme The Dead Queen (1942) et The Master of Santiago (1947), sont nourries par une méditation sur l’Histoire.

Cette remise en question de la marche du monde et de l’influence de Brecht et Pirandello conduira à des pièces plus engagées politiquement et alimentées par une réflexion philosophique sur l’action, la révolution et la responsabilité individuelle ou sociale. En témoignent les œuvres d’Albert Camus (The Siege State, 1948, Les Justes, 1949), Jean-Paul Sartre (Les mains sales, 1948) ou Jean Genet (Les Bonnes, 1947). L’existentialisme de Sartre s’exprime aussi dans le théâtre comme avec No Exit en 1945.

Le “théâtre de l’absurde”
Le reflux de l’idéologie communiste et la complexité de la modernité trouveront leur écho dans ce qu’on a appelé le «Théâtre de l’absurde» qui, dans les années cinquante, reflète la perte de repères et de méfiance vis-à-vis du langage manipulateur. Les auteurs dramatiques, bien que différents les uns des autres et autonomes, représentent le vide, l’attente et, influencés par Antonin Artaud (Le Théâtre et son double, 1938), le vide du langage par des personnages dérisoires, à l’existence absurde et aux échanges vides. Ce mélange de métaphysique tragique et d’humour dans la dérision et la déstructuration du langage et de la forme théâtrale (pas de scènes, de très longs actes, et plus encore chez Samuel Beckett (Attente de Godot, The Bald Singer, 1950 – The Chairs – The Lesson – 1951) 1953 – Fin de partie, 1957).

Le théâtre contemporain
Ajoutons quelques noms aujourd’hui qui montrent que le texte du théâtre reste vivant aux côtés des expériences dramaturgiques des réalisateurs actuels: Jean-Claude Grumberg (L’Atelier – 1979), Bernard-Marie Koltès (Roberto Zucco, 1988) ou Jean-Claude Brisville ( Le Souper, 1989).

Existentialisme
À la fin des années 1930, les œuvres de Hemingway, Faulkner et Dos Passos sont traduites en français, et leur style en prose a un impact profond sur le travail d’écrivains comme Jean-Paul Sartre, André Malraux et Albert Camus. Sartre, Camus, Malraux et Simone de Beauvoir (qui est aussi célèbre comme l’un des précurseurs de l’écriture féministe) sont souvent appelés «écrivains existentialistes», une référence à la philosophie de l’existentialisme de Sartre (bien que Camus ait refusé le titre «existentialiste»). Le théâtre, les romans et les nouvelles de Sartre montrent souvent des individus contraints d’affronter leur liberté ou voués à leur refus d’agir. Les romans de Malraux d’Espagne et de Chine pendant les guerres civiles confronte l’action individuelle à des forces historiques. Des problèmes similaires apparaissent dans les romans d’Henri Troyat.

Dans les colonies françaises
Les années 1930 et 1940 ont été marquées par des contributions significatives de citoyens des colonies françaises, comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon Damas ont créé la revue littéraire L’Étudiant Noir, précurseur du mouvement Négritude.

Littérature après la Seconde Guerre mondiale
Les années 1950 et 1960 ont été des périodes très mouvementées en France: malgré une économie dynamique («les trente glorieuses»), le pays a été déchiré par son héritage colonial (Vietnam et Indochine, Algérie), par son sens collectif de la culpabilité du régime de Vichy, par leur désir d’un prestige national renouvelé (gaullisme), et par les tendances sociales conservatrices dans l’éducation et l’industrie.

Inspiré par les expérimentations théâtrales de la première moitié du siècle et par les horreurs de la guerre, le théâtre parisien dit d’avant-garde, “Nouveau Théâtre” ou “Théâtre de l’Absurde” autour des écrivains Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Jean Genet, Arthur Adamov, Fernando Arrabal ont refusé les explications simples et abandonné les caractères traditionnels, les complots et la mise en scène. D’autres expériences théâtrales impliquent la décentralisation, le théâtre régional, le «théâtre populaire» (conçu pour amener les classes ouvrières au théâtre), et le théâtre fortement influencé par Bertolt Brecht (largement inconnu en France avant 1954), et les productions d’Arthur Adamov et Roger Planchon . Le festival d’Avignon a été initié en 1947 par Jean Vilar qui fut également important dans la création du TNP ou “Théâtre National Populaire”.

Le roman français des années 1950 a fait l’objet d’une expérimentation similaire dans le groupe d’auteurs publié par “Les Éditions de Minuit”, un éditeur français; ce «nouveau roman», associé à Alain Robbe-Grillet, à Marguerite Duras, à Robert Pinget, à Michel Butor, à Samuel Beckett, à Nathalie Sarraute, à Claude Simon, abandonnait aussi l’intrigue, la voix, les personnages et la psychologie traditionnels. Dans une certaine mesure, ces évolutions ont suivi de près les évolutions du cinéma à la même époque (la Nouvelle Vague).

Les écrivains Georges Pérec, Raymond Queneau, Jacques Roubaud sont associés au mouvement créatif Oulipo (fondé en 1960) qui utilise des stratégies et des contraintes mathématiques élaborées (telles que les lipogrammes et les palindromes) pour déclencher des idées et inspirer.

La poésie de l’après-guerre suit un certain nombre de voies interdépendantes, notamment dérivant du surréalisme (comme avec les premiers travaux de René Char), ou de préoccupations philosophiques et phénoménologiques issues de Heidegger, Friedrich Hölderlin, de l’existentialisme, de la relation poétique et les arts visuels, et les notions de Stéphane Mallarmé sur les limites du langage. Une autre influence importante était le poète allemand Paul Celan. Les poètes travaillant au sein de ces préoccupations philosophiques / linguistiques – particulièrement concentrés autour de la revue “L’Ephémère” – comprennent Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Claude Esteban, Roger Giroux et Philippe Jaccottet. Beaucoup de ces idées étaient également essentielles aux œuvres de Maurice Blanchot. La poésie unique de Francis Ponge a exercé une forte influence sur une variété d’écrivains (à la fois phénoménologues et ceux du groupe “Tel Quel”). Les derniers poètes Claude Royet-Journoud, Anne-Marie Albiach, Emmanuel Hocquard et, jusqu’à un certain degré, Jean Daive, décrivent un passage de Heidegger à Ludwig Wittgenstein et une réévaluation de la notion de fiction et de théâtralité de Mallarmé; ces poètes ont également été influencés par certains poètes modernes de langue anglaise (comme Ezra Pound, Louis Zukofsky, William Carlos Williams et George Oppen) ainsi que certains poètes postmodernes et avant-gardistes américains regroupés autour du mouvement de la poésie langagière (comme Michael Palmer , Keith Waldrop et Susan Howe, avec son mari Keith Waldrop, Rosmarie Waldrop a une profonde association avec ces poètes, due en grande partie à ses traductions d’Edmond Jabès et à la prose de Paul Celan en anglais).

Les événements de mai 1968 ont marqué un tournant dans le développement d’une idéologie radicale de changement révolutionnaire dans l’éducation, la classe, la famille et la littérature. Au théâtre, la conception de la création collective développée par le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine refuse la division en écrivains, acteurs et producteurs: l’objectif est une collaboration totale, à multiples points de vue, pour une élimination de la séparation entre acteurs et public, et pour que le public recherche sa propre vérité.

La revue la plus importante de l’après 1968 – Tel Quel – est associée aux écrivains Philippe Sollers, Julia Kristeva, Georges Bataille, aux poètes Marcelin Pleynet et Denis Roche, aux critiques Roland Barthes, Gérard Genette et aux philosophes Jacques Derrida, Jacques Lacan.

Un autre changement après 1968 fut la naissance de «Écriture féminine» promue par les féministes des Editions des Femmes, avec de nouvelles femmes écrivains comme Chantal Chawaf, Hélène Cixous, Luce Irigaray … A

partir des années 1960, plusieurs des expériences les plus audacieuses en français la littérature provient d’écrivains nés dans les départements français d’outre-mer ou dans les anciennes colonies. Cette littérature francophone comprend les romans primés de Tahar ben Jelloun (Maroc), Patrick Chamoiseau (Martinique), Amin Maalouf (Liban) et Assia Djebar (Algérie).